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Tambour ou plantes?

Quelle sera la barque de mon voyage?




“Ce que tu vas vivre avec l’Ayahuasca, tu ne pourras jamais le vivre avec le tambour”, c’est une phrase qui m’avait été adressée en Amazonie, lors de mon voyage en Novembre 2022.


Cette phrase sous-entendait que l’Ayahuasca surpasserait le tambour, en termes d’effets, de puissance, de connexion.


Ils semblent être incomparables, pourtant... le débat est souvent présent. J’aime parfois demander aux pratiquants chamaniques: et toi, dans quelle barque aimes-tu embarquer?


Tambour, plantes, souffle, méditation, danse… les moyens d’entrer en transe sont nombreux. Les états de conscience modifiés sont une fonction naturelle de notre cerveau, comme le démontrent les travaux de Corinne Sombrun.


Maintenant, notre rationalité occidentale est rassurée: non, nous ne sommes pas "fous" quand nous entrons en transe. Les peuples premiers le savent depuis longtemps*, mais nous avons eu besoin d’analyser le phénomène avec nos propres instruments d’appréhension du réel.


Deux éléments essentiels semblent jouer sur notre choix du tambour ou des plantes:


1: le contrôle

2: la légalité


Tambour


Utilisé dans de nombreuses traditions, le son du tambour a la capacité d’entrer en résonance avec tout notre être, et de modifier les ondes cérébrales de notre cerveau.

Le tambour prend aux tripes, il émeut, bouleverse, il amène directement à la source de notre être et de notre humanité.

Pour les chamans, le tambour est une extension de leur être, un ami cher, avec qui nous traversons les plus beaux mondes, mais aussi les plus dévastés.


Ma vie a changé au son du tambour. La bande son de Michael Harner, avec qui j’ai pu voyager tant de fois, est devenu le tarmac de ma conscience.


J’entends souvent que le tambour est plus doux que les plantes, car il a cette particularité: nous pouvons nous arrêter de jouer du tambour, et revenir quand nous le souhaitons de notre voyage.


Plantes chamaniques


Ce n'est pas le cas avec les plantes. Une fois ingérée, la plante prend le contrôle. Si nous souhaitons que cela s’arrête, et bien… nous pouvons seulement le demander très fort!


La plante est ingérée, ce qui nous place dans une cohabitation très intime avec elle. Elle fait partie de nous, elle rentre dans notre système digestif, et agit sur nos perceptions. Cela vient nous confronter directement à notre instinct de survie: ingérer une plante? Est-ce un poison? Puis-je avoir confiance en cette substance qui va entrer dans mon corps?


Une fois cette barrière franchie, nous signifions une première fois que nous faisons confiance. C’est le 1er palier, mais pas le seul.


C’est ce qui rend la plante peut-être plus “aventureuse”, et c’est pour cette raison qu’elle plaît tant aux esprits guerriers de l’Eveil: avec la plante ( que se soit Ayahuasca, champignons, peyotl…) plus de retour en arrière possible. Tu embarques, tu lâches prise et tu “profites” du voyage.


Oui mais… les adeptes du tambour diraient: “tu as donc “besoin” d’une plante pour voyager, d’une aide extérieure!".


Il a été démontré que l’Ayahuasca et les plantes chamaniques ne rendaient aucunement dépendant. L’expérience est parfois trop désagréable pour que le cerveau l’enregistre comme un plaisir.

Voyager avec la plante aurait l'avantage de nous faire "décoller" plus facilement qu'avec le tambour, le tambour demandant plus de capacité de lâcher prise. Aussi, certaines personnes étant d'avantage dans le contrôle de leurs perceptions, pourraient avoir une préférence pour les plantes.


Or, les barrières ne sautent pas systématiquement avec les plantes. LAyahuasca, notamment, a l'intelligence de nous faire avancer à notre rythme, ne nous confrontant qu'à ce qui nous est possible de dépasser. Aussi, si elle juge bon de nous faire purger par le corps seulement, c'est ce qu'il peut se passer pendant une, voire plusieurs cérémonies.


Nous sommes des êtres constamment en interaction avec notre environnement. Tout se joue dans le rapport que l’on va entretenir avec cet esprit nous propulsant dans le voyage.

C’est une question de lien d’attaches, de projections. À partir de quel espace vais-je me diriger vers ma barque? Vais-je lui demander de m’aider à fuir qui je suis? Vais-je lui demander de me rassurer? De me purifier à chaque fois que je retombe dans mon humanité?


Nous avons donc une barque végétale, et une barque sonore…


Laquelle m'appelle?


La façon dont nous allons voyager est avant tout un appel. Nous ne décidons pas réellement avec qui nous embarquons. Peut-être vais-je embarquer avec l’Ayahuasca pour une période de ma vie courte et intense. Pour d'autres, ce sera l’histoire de toute une vie.


Pour les peuples premiers, ce choix là n’existait pas réellement. Il était beaucoup plus pragmatique qu’on ne l’imagine.

Les peuples d'Amazonie utilisaient l’Ayahuasca tout simplement parce qu’elle était présente dans leur forêt**. Ils ne pouvaient pas envisager le tambour, à cause de l’humidité, qui était trop importante pour faire sonner les tambours correctement.


Quant aux territoires où le tambour est utilisé, comme les Etats-Unis ou la Mongolie, il suffit de regarder les paysages pour comprendre que le monde végétal n’était pas assez luxuriant pour envisager les plantes. Ils élevaient du bétail, et avaient donc des peaux de bêtes à portée de main.


Autre élément non négligeable: la légalité.


Les plantes chamaniques sont interdites en France et dans la plupart des pays européens.


Pour expérimenter ces plantes en ayant l’esprit tranquille, il faut donc aller voyager dans d’autres pays, ce qui n’est pas n’importe quelle aventure. Se retrouver au fond de la jungle, dans une culture très différente, avec une langue différente, et de plus pour prendre une plante qui peut nous faire vivre des moments très inconfortables…ça n’est pas une décision à prendre à la légère!


Nous avons encore tant à comprendre sur l’intérêt de prendre en compte les qualités thérapeutiques des plantes psychotropes, tout comme le démontre Stéphanie Chayet dans son livre “Ces substances interdites qui guérissent”.

Pour le moment, aucun argument scientifique ne peut justifier le fait que nous ayons avorté la recherche en France sur la psylocibine (présente dans les champignons).


Le tambour en France a l’avantage d’être parfaitement légal. Et il a cette particularité d’interagir de manière sonore, le son est perçu par le corps, mais il n’y a aucune interaction physique, du moins pas avec une substance ingérée par le corps.

Des éléments qui font de lui un compagnon de voyage plus rassurant, moins intrusif.


Les plantes sont un esprit du monde du milieu. En cela, elles ne sont pas transcendées comme les esprits du monde d’en bas et du monde d’en haut. Elles ont leur propres intérêt et sont dans la dimension du “donnant donnant” comme nous les êtres humains.


Les plantes adorent faire parler d'elles, elles peuvent chercher à faire grandir leur aura.

Les chamans qui œuvrent régulièrement avec elles doivent faire preuve d’un grand discernement, et faire un travail sur eux de détachement de leurs blessures pour ne pas tomber dans un cycle d’attachement avec la plante.


Les plantes chamaniques seraient "les mains de Dieu". L’Ayahuasca a une place particulière auprès de la Source, c’est ce que j’avais perçu en vision pendant mes voyages avec elle.

Son travail à elle est d’ouvrir les consciences et de soigner l’humain, en lien avec l’esprit de l’Amazonie. Un duo d’une grande puissance du coeur. Qui se mêle aussi à tous les aspects plus sombres de l’humain. L’écrin de pureté de la médecine de l’Ayahuasca se trouve dans les espaces maintenus par des chamans alignés avec leur vérité, dans la connexion la plus pure avec la foret. Dans ces espaces se rencontrent: la fôret, la médecine, les chamans, les participants, les esprits des lieux, les chants, la famille des chamans.

Même si quelques tentacules sombres peuvent envahir son nom, j’ai pu ressentir que la magie opère toujours dans ces espaces protégés de l’avidité des enjeux d’argent.


Alors, quelle barque souhaitez vous prendre? Quelles sensations souhaitez vous ressentir?

Avec quel peuple souhaitez vous vous lier?


Décidons-nous vraiment de la barque que l’on doit prendre?


Une barque est comme un esprit rencontré lors d’un voyage dans le monde des esprits: se sont deux vibrations qui se rencontrent. Elles ont décidé qu'elles allaient faire ce voyage avant même que vous l’ayez décidé. Cet accord est déjà dans votre coeur, il ne reste plus qu'à.... embarquer!



*Et d’ailleurs ils ne se posent pas la question en ces termes, car la notion de “folie” est différente chez les peuples premiers.


**le breuvage appelé Ayahuasca est en réalité une association de deux plantes: la liane de l’Ayahuasca, et la chakruna, la feuille qui donne les visions.

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