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L'Inde par 8 - Etape 8 - Varanasi: destruction

Dernière mise à jour : 20 mai 2023




Crédits photo: Arnaud Vannier




Il m'a fallu 4 années pour mesurer ce qu'il s'était réellement passé lors de ce séjour à Varanasi, qui a été une étape clef de mon parcours.


Un de mes esprits alliés des 4 directions, un moine Sâdhu de Varanasi, m'a transmis récemment: " l'Inde t'a détruite pour que tu puisses te reconstruire."

Grâce à cette phrase, j'ai compris que je devais me réconcilier avec cette étape.

La 8ème, la fin et le début.


Il s'agissait en réalité d'une destruction de l'âme. Il n'en restait pas moins que cela a été une épreuve initiatique, qui m'a poussé à ramasser mes morceaux éparpillés, telle une Isis reconstruisant les morceaux du corps d'Osiris.


Janvier 2019. Varanasi a été la fin de mon voyage, je venais de passer presque 4 mois en Inde, j'étais fatiguée, et l'atmosphère à la fois électrique et planante de Varanasi commençait gentiment à me faire léviter au dessus du sol.


Tout le monde planait dans cette ville!


Et ça n'était pas seulement la ferveur pour le Gange et les dieux hindous. Bon nombre d'indiens carburaient au haschich.


Un ami français était venu me rejoindre pour ce séjour. Nous adorions profiter des bords du Gange, qui grouillaient de vie, de dévotion, de couleurs, de mort....

Tous les aspects de la vie sont présents sur ces marches. C'est un vrai spectacle, entre moines Sâdhus coiffés pour être pris en photo, faux gurus, dévôts de Shiva...

Toute l'Inde y est concentrée. C'était une atmosphère incomparable.



Crédits photo: Arnaud Vannier


La vue des corps brûlants a été une expérience marquante pour les occidentaux que nous étions. Nous avons pour habitude de cacher ce passage dans notre pays.

A Varanasi, les vaches grignotent tranquillement ce qu'elles trouvent, juste à côté du corps en train de brûler.

Les femmes n'ont pas le droit d'assister à la crémation de leurs proches: " car les femmes pleurent, et si elles pleurent, l'âme ne peut pas partir".


Entre fascination, sentiment d'injustice et incompréhension... Varanasi nous renvoie à toutes nos limites.


C'est alors que je fit la rencontre surprenante de Guruji.


Lors d'un déjeuner dans un petit restaurant, un client m'interpelle et me parle d'un Guru qu'il affectionne particulièrement. "Tu devrais aller le voir me dit-il, il fait des lectures astrologiques".

J'hésite, je n'ai pas spécialement envie d'aller voir quelqu'un juste parce qu'on me dit d'aller le voir.

Mais je suis curieuse, je rentrais bientôt en France er je n'avais pas encore été consulté un astrologue. C'est chose courante en Inde, se sont des sortes de guides pour notre chemin de vie.


Je choisis donc de passer dans ce centre. J'entre dans la pièce et Guruji y est présent, avec une femme du centre. Il semble être un homme simple, il dégage un grand calme et de la douceur. Je me sens en confiance.


Il commence à faire mon thème astral en tentant tant bien que mal de chasser les singes qui venaient s'incruster dans la pièce.


"Il y a des bonnes planètes pour toi... tu as toutes les chances de réussir!"


Il continue à me donner les grandes lignes de mon thème astral, des conseils pour la suite de mon chemin de vie.


"As-tu d'autres questions?".... je me sens à l'aise pour me confier, et je commence à lui parler du sujet qui m'était lourd depuis plusieurs mois: le souvenir dans mes cellules de la perte d'un être cher. Qu'il ait été incarné, ou pas, ou était-ce la perte de quelque chose de plus vaste? Je portais en tout cas ce poids d'une séparation insupportable, dont les souvenirs étaient très flous.


Guruji capte tout de suite des informations, en clairaudience. Il me dit que je dois mettre fin cela, afin de respecter le cycle de la vie. Ce poids était devenu trop lourd à porter.


"Je peux t'aider" me dit-il, retrouve moi demain ici, et on ira au bord du Gange.


J'hésite... puis je me décide d'y aller.


Crédits photo: Arnaud Vannier


Le lendemain, je retourne au centre, et je le vois sortir au même moment où j'arrive devant la porte. Il me fait un grand sourire "Je savais que tu viendrai, on y va?".

J'étais impressionnée, il m'a fait le coup de la voyante qui décroche avant que le téléphone sonne.


Gênée, je lui demande "Désolée Guruji je n'ai pas de cadeau! Ni d'encens, ni de bougie".


Il me répond "Non pas besoin, les gens ici sont trop attachés au protocole et aux aspects matériels des rituels".

"Nous avons tout: l'eau, le soleil, le vent...pas besoin de plus".


Il me demande de mettre mon sac à dos devant moi et de ne pas le laisser au bord des marches, trop risqué. La déèsse Ganga n'a pas les pouvoirs de protection contre les affaires volées.


Nous enlevons nos chaussures. Je me retrouve les deux pieds dans le Gange, au milieu d'autres personnes venues faire leur rituels.


L'atmosphère devient solennelle.


"Nous allons chanter plusieurs fois le Gayatri mantra, en faisant couler de l'eau dans nos mains"


Om Bhur Bhuvah Svah, Tat Savitur Varenyam, Bhargo Devasya Dhimahi, Dhiyo Yo Nah Prachodayat.



Nous chantons, nous faisons couler de l'eau entre nos doigts.

Le temps se suspens. Je suis transportée par le moment, je sens une force qui vient balayer quelque chose en moi.


Au moment de revenir vers les marches et de sortir de l'eau, je vois une rangée de dents humaines reposer au fond de l'eau. Sûrement un des restes des corps qui brulaient non loin. Cette image est restée gravée dans mon esprit depuis.


A la fin du rituel, je me sens différente. Guruji me dit "Tu es bien plus légère à présent".


Oui, j'étais différente. Mais certaines énergies en moi qui ont été dissoutes n'auraient pas dû l'être, car je n'étais pas prête.


L'eau du Gange a nettoyé mon attachement à cette histoire de séparation.

Le Gayatri mantra a tout balayé, tout.


Tel un chalutier qui racle les fonds marins et qui tue les petites espèces marines.


Dans mon attachement, se trouvait un trésor. C'était ma quête du divin.


Impossible d'y renoncer. Mon âme s'est alors fragmentée pour ne pas la perdre.


De retour en France, j'avais laissé ma quête spirituelle derrière moi, sur les marches du Gange.


Peut-être aussi, ce moment là avait été trop beau. Le contraste entre ce qu'a vécu mon âme dans cet instant, une pureté infinie du coeur, et ce que je me permettais de vivre au quotidien, était devenu trop insupportable.


"Ah on peut vivre ça ici sur cette planète? Et pourquoi je ne le ressens pas tous les jours? Comment faire? Si je n'y arrive pas c'est fini, je rentre...."

Disait la part en moi qui ne voulait pas s'incarner.


De retour chez moi, j'étais passée du royaume des cieux, à celui de cette glue immonde qui nous empoisonne l'esprit: le monde matériel, sa course effrénée à la consommation, sa peur de la mort, sa prison du mental.


J'avais perdu la Source. Je voulais rentrer à la maison, et ma maison n'était pas sur Terre.


De retour en France, pendant un an, j'ai été prise de vertiges, d'une grande fatigue, d'émotions fortes, et d'une envie irrépressible de partir de la Terre. J'ai dû ramasser mes morceaux d'âme, pour me reconstituer, aller chercher loin, très loin en moi, pour accepter pleinement d'être celle que j'étais.

Puis, derrière cette épreuve, est arrivé une grâce: la bénédiction des esprits.

















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